Des pages aux pièces
Ventabren abrite la borne n° 15 d'une œuvre unique de l'artiste franco-algérien Max Sauze : « L'Homme qui marche, qui lit », une ligne virtuelle de 3500 km dessinant la silhouette d'un homme, ponctuée de 250 bornes disposées tous les 15 km. Chaque borne, faite de livres scellés dans du béton, renferme le concept de l'œuvre et porte une plaque de cuivre gravée. La borne ventabrennaise a été inaugurée le samedi 8 janvier 2000 devant la bibliothèque municipale.
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Le concept de l'œuvre
Cette ligne virtuelle est un dessin. Ce dessin représente un Homme qui marche en lisant.
Son contour détermine un itinéraire de 3500 km. Une borne est déposée tous les 15 km environ.
Il y a 250 bornes au total. L'une d'entre elles, la borne n° 15, est située à Ventabren. Elle a été inaugurée le samedi 8 janvier 2000 à 16h00, devant la bibliothèque municipale de la commune.
Cette borne fait partie des bornes officielles conçues par l'artiste, mais ce n'était pas prévu à l'origine : elle devait être sauvage.
Ces bornes, ponctuant l'espace, symbolisent chaque lettre d'un texte invisible et silencieux qui serait écrit tout le long de cette ligne. Elles mesurent 27 cm x 27 cm et sont constituées de livres, en partie scellés dans du béton.
Le concept de l'œuvre est préservé à l'intérieur de la borne, dans un étui inaltérable. Une plaque de cuivre gravée identifie et personnalise chacune d'elles.
Une pose officieuse ou officielle
Lors de la réalisation de « L'Homme qui marche, qui lit », les bornes sont posées de manière officieuse ou officielle.
La pose officieuse répond uniquement au besoin d'expression créative de l'artiste : chaque borne doit alors être déposée de telle sorte qu'elle ne soit pas visible de façon évidente, tout en restant possible à découvrir, et scellée afin de ne pas être déplaçable. Il s'agit d'un acte intimiste, souvent solitaire, dont le choix est déterminé par la reconnaissance d'un lieu signifiant — le tracé originel étant rigoureusement respecté, au plus près de ce que la nature autorise.
La pose peut aussi répondre à une demande officielle, dans un cadre institutionnel : elle donne alors naissance à des rencontres, des partenariats, des collaborations avec musées, bibliothèques, médiathèques, groupes scolaires ou associations diverses, et à des événements parallèles à l'élaboration de l'œuvre.
Ces opportunités peuvent amener la position d'une borne à s'écarter légèrement de la ligne idéale, les institutions partenaires participant alors de plein droit à la composition de l'événement.
D'une manière générale, les bornes restent à portée de main : le hasard des rencontres fait qu'elles peuvent être touchées, détériorées, voire volées — un risque que l'artiste accepte pleinement.
L'artiste : Max Sauze

L'artisan sur métal franco-algérien Max Sauze est né en 1933 à Alger. Il étudie à l'École Supérieure des Beaux-Arts d'Alger (1953-1956) puis à l'École Camondo de Paris (1956-1959), avant de produire ses propres designs dans un petit atelier algérois. En 1963, il s'installe à Éguilles, près d'Aix-en-Provence.
En 1968, il fonde son entreprise de travail sur aluminium, où il crée des luminaires dynamiques et sculpturaux, réalisés à partir de couches d'aluminium tissées et pliées sur des structures en fils de fer — un procédé né de ses perspectives spirituelles et de son goût pour l'essence naturelle de la vie.
Ses créations les plus célèbres portent des noms de constellations ou de corps saints, comme le Cassiopeia Chandelier (vers 1969), conçu à l'origine pour le Palais des Congrès d'Aix-en-Provence.
Parmi ses autres réalisations marquantes figurent l'Orion Chandelier (vers 1967), présenté au Salon des Artistes Décorateurs, la Uranus Table Lamp (vers 1970) et les Isocèle Nesting Tables (années 1970).
Son œuvre, très variée — sculptures, jardins, céramiques, luminaires, architectures, livres —, est représentative de la renaissance de l'artisanat des années 1960-1970 ; on le considère souvent comme un précurseur du post-modernisme.
Bien que retraité, Max Sauze vit toujours à Éguilles, où le public peut admirer son jardin. Son fils, Sébastien Sauze, a repris la tête de l'entreprise familiale et réalise aujourd'hui les designs de son père à la main.