Eau du village
Depuis toujours, Ventabren a dû lutter contre le manque d'eau. Des siècles de puits creusés, de projets et de déceptions ont finalement abouti, en 1893, à l'installation d'un moulin à vent actionnant une pompe. Électrifié en 1924 puis transformé en 1964 en moulin « à la Daudet », il joue aujourd'hui un double rôle : symbole de l'identité provençale du village, et station de relevage toujours en fonction, essentielle à la distribution d'eau sur une partie de la commune.
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Un combat de tous les instants
Depuis son origine, Ventabren-village a toujours été confronté à un problème crucial, un problème vital : le manque d'eau.
Avec acharnement, la population et les élus successifs ont fait face à ce problème de survie, se livrant au fil des siècles à des prodiges d'imagination pour se procurer l'eau nécessaire aux ménages et aux bêtes.
Depuis 1783, c'est un long chemin semé d'embûches, d'espoirs et de déceptions qui débouchera, à force d'obstination, sur un heureux dénouement dont la population ventabrennaise bénéficie encore à ce jour.
Les textes qui suivent sont pour la plupart empruntés aux archives municipales. Ils reflètent les préoccupations constantes d'alimentation en eau pour le village, évoquant des fontaines et des puits qu'il n'est pas toujours facile de situer aujourd'hui — les habitants de l'époque savaient où ils se trouvaient, mais ont négligé de nous en laisser le souvenir précis.
Le puits de Laboëou (1874-1875)
En 1874, le maire Aimé Laplace juge « très pénible pour les personnes peu aisées du pays » d'aller chercher l'eau potable au puits communal de Laboëou, situé à 500 mètres du village avec une rampe de 30 % — obligeant les habitants à porter des cordes pour puiser l'eau. Il sollicite une répartition des fonds des amendes de police correctionnelle pour financer une pompe à ce puits.
L'année suivante, le 6 août 1875, un devis estimatif est dressé pour équiper ce même puits ainsi que celui des Bastides des Ricards.
Le puits Giraud et le puits de la Muse
La même année, la commune envisage le creusement d'un puits dans la propriété Giraud, à 200 mètres du village, en bordure du nouveau chemin vicinal en construction.
Dès 1861, le géologue Rogier et plusieurs experts avaient jugé unanimement cette propriété, en contrebas du village, propice à alimenter l'ensemble des habitants. Ce puits fut-il réellement creusé, et s'agit-il du puits de la Muse ? Les archives ne permettent pas de trancher avec certitude — mais le puits de la Muse, visible sur des vues du village vers 1925 et 1930 près du Monument aux Morts (érigé en 1921 sur l'emplacement d'un ancien puits), fut condamné en 1965.
Un village qui se dépeuple faute d'eau
Le 17 janvier 1875, une délibération constate que la population du village, qui comptait 800 habitants quatre-vingts ans plus tôt, n'en compte plus que 250 — une chute attribuée au manque d'eau et à des chemins d'accès trop difficiles.
Malgré des sommes engagées jusqu'en 1872, notamment pour le creusement de plusieurs puits sur les hauteurs, aucun résultat probant n'avait été obtenu. Un projet de 20 000 francs, étudié en 1863, est alors définitivement écarté : le canal de Marseille jugé trop bas, et la collecte des eaux pluviales des collines dans un bassin jugée trop coûteuse et incertaine.
Le puits du Sauze (1875)
Le 17 octobre 1875, la dame Audran, épouse Feautrier, revendique la propriété exclusive de terrains sur lesquels se trouve, « depuis un temps plus qu'immémorial », un puits dit du Sauze, entouré d'un espace de 8 mètres dont les eaux avaient toujours servi à l'usage commun des habitants. Le maire conteste cette demande, considérant ces eaux comme une dépendance imprescriptible du domaine public municipal — position approuvée par l'ensemble du conseil municipal.
Le moulin, enfin une solution durable (1893)
Après des décennies de projets inaboutis, une véritable solution se concrétise en 1893 : la fourniture d'un moulin à vent, d'une pompe et de leur mécanisme, posant les bases d'une installation toujours en fonction aujourd'hui.
L'électrification de la commune, en 1924, met un coup d'arrêt à l'utilisation du moulin par la seule force du vent ; des adaptations permettent alors de le faire fonctionner à l'énergie électrique.
En 1964, il achève sa mutation pour devenir le moulin « à la Daudet » que l'on connaît aujourd'hui.
Depuis lors, cette installation remplit deux fonctions bien distinctes : l'une purement esthétique, contribuant à préserver l'identité provençale de Ventabren, et l'autre pleinement opérationnelle, en servant de station de relevage — entretenue et contrôlée régulièrement par la compagnie des eaux chargée de distribuer ce précieux liquide sur la commune.